Contributeurs

jeudi 4 octobre 2012

L'Afrique des idées : Nicolas Simel présente Terangaweb


"On peut être un Africain engagé pour le développement du continent et la consolidation d’institutions démocratiques, où que l’on soit".


Nicolas Simel présente Terangaweb, une association indépendante qui vise à promouvoir le débat d’idées et la réflexion sur des sujets liés à l’Afrique et publie des articles de qualité sur le continent. Il nous parle de aussi de la jeunesse africaine et de son engagement.


Nicolas, pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Sénégalais et ai effectué toute ma scolarité au Sénégal jusqu'à l’obtention de mon baccalauréat en juillet 2006. J'ai ensuite été admis en hypokhâgne (classe préparatoire littéraire aux grandes écoles) au Lycée Louis le Grand à Paris, avant d'intégrer Sciences Po en 2007. Après mes deux premières années à Sciences Po, je suis parti à Casablanca où j'ai travaillé au sein de la Chambre Française de Commerce et d’Industrie du Maroc (CFCIM) comme chargé d’études, ce qui m'a permis d'avoir une première vision sectorielle d'une économie en développement. A mon retour à Paris en 2010 j’ai été admis dans le Double Master en Management Public et Privé, qui est un programme conjoint entre Sciences Po et HEC Paris.  Cette formation m’attirait beaucoup car il me semble de plus en plus nécessaire de bien connaitre à la fois les secteurs publics et privés et de mieux appréhender les interactions qui existent entre ces deux sphères. Cette complémentarité reste particulièrement vraie en Afrique où le secteur public continue de jouer un rôle important y compris dans la sphère économique. Dans le cadre de ce double diplôme, je viens de terminer une année de césure au cours de laquelle j’ai effectué deux stages, d’abord en analyse financière chez SFR (2ème opérateur de téléphonie en France) puis dans la practice Conseil Secteur Public Afrique du cabinet Deloitte.


Qu’est-ce qui vous a amené à créer Terangaweb ?
L'Afrique constitue pour moi un centre d'intérêt majeur que j'essaie de nourrir de diverses manières, notamment à travers la vie associative. C’est dans ce cadre que j’ai été amené à créer, en janvier 2009, Terangaweb qui constituait au départ un blog traitant de sujets économiques, politiques et culturels relatifs au Sénégal. Mon objectif était alors de contribuer à ce que la jeunesse sénégalaise prenne davantage conscience des enjeux de développement qui se pose à notre pays. C’était une période très intéressante, après la réélection d'Abdoulaye Wade en 2007 et dans le contexte des élections municipales de 2009. Ces municipales suscitaient d’ailleurs beaucoup d’intérêt puisque le fils du président était candidat aux élections municipales à Dakar. Tout le monde savait que cette candidature constituait un tremplin politique pour ce qu’on dénoncera plus tard comme une tentative de dévolution monarchique du pouvoir. Pour moi, il était important de contribuer à faire en sorte que la jeunesse soit un acteur majeur du débat public.


Un projet sénégalais à l’origine, mais qui est devenu africain. Pourquoi ?
En nous cantonnant uniquement au Sénégal, cela devenait vraiment dommage de passer tous les jours à côté de sujets intéressants concernant l’Afrique. Il nous apparaissait d’ailleurs de plus en plus clairement que les enjeux de développement qui mobilisent le continent se posent avec la même acuité à l’ensemble de l’Afrique d’une part et que d’autre part l’échelle sous régionale, voire continentale, offrait les approches les plus intéressantes pour les questions de développement. Se concentrer sur le Sénégal revenait à tomber dans le travers de la balkanisation politique de l'Afrique qui handicape le développement du continent du fait, entre autres, d’une juxtaposition de petits marchés nationaux.

Et puis notre équipe s’est vite élargie bien au-delà du Sénégal. La diversité des sujets que nous souhaitions traiter s’est assez rapidement reflétée dans la composition de notre équipe avec des membres de divers pays africains tels que le Sénégal, le Rwanda, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, l’Algérie, le Burkina Faso. Nous souhaitions renouer avec cette période très féconde qui a suivi les indépendances où beaucoup d’Africains avaient milité ou combattu ensemble et pris l’habitude de beaucoup échanger. A cet égard, Terangaweb souhaite contribuer à faire tomber les barrières qui se sont reconstituées dans les années 1980 et 1990 entre les pays africains, entre l’Afrique anglophone et l’Afrique francophone, entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.

Enfin, en élargissant Terangaweb à l’ensemble de l’Afrique, nous avions aussi voulu répondre aux attentes de notre lectorat. Lorsque nous avons lancé Terangaweb, on trouvait de nombreux blogs personnels sur l'Afrique mais pas de plateforme publique pour le débat d’idées. C’est la volonté de combler ce manque et de proposer à nos lecteurs, d’où qu’ils soient, une plateforme multidimensionnelle, qui est à l’origine de la nouvelle mouture de Terangaweb : une Afrique des idées politiques, économiques, sociétales, culturelles à travers les articles d’analyse que nous publions chaque jour.


Un article par jour, c’est ambitieux ! Comment fonctionnez-vous ?
Terangaweb s’est constitué depuis 2 ans en association de loi 1901 qui rassemble aujourd’hui une cinquantaine de membres, dont une vingtaine appartient à l'équipe de rédaction. Chacun des rédacteurs s’engage à rédiger au moins un article d’analyse par mois. D’autre part, nous avons noué des partenariats avec des think tanks dont nous reprenons les publications qui nous paraissent les plus intéressantes pour nos lecteurs. Notre production interne combinée dans une moindre mesure à la reprise d’articles de nos partenaires nous permet ainsi de proposer à nos lecteurs un article d’analyse par jour.

Les trois rubriques qui mobilisent le plus de rédacteurs sont l'économie, la politique et la culture. Mais nous prenons soin d’alimenter les rubriques comme « Parcours » qui fait découvrir des personnalités liées à l’Afrique, « Zoom sur un pays » qui amène à se focaliser sur la trajectoire de certains pays africains ou « Histoire » qui fait redécouvrir des personnalités ou événements historiques qui ont marqué le Continent. Cette rubrique « Histoire » est par exemple d’autant plus importante que nous apprenons souvent l'histoire de l'Afrique à l'école élémentaire, à un âge auquel nous ne sommes pas forcément prêts à en tirer le meilleur parti. Il est bon d’y revenir un peu plus tard !


Envisagez-vous de nouveaux développements ?
Outre la rédaction d’articles d’analyse, les activités de notre structure s’articulent aussi autour de l’organisation de conférences sur des enjeux de développement liés à l’Afrique. Dans ce cadre, nous avons déjà organisé trois principales conférences. Le premier portait sur le FCFA et la souveraineté monétaire des Etats africains de la zone franc avec comme intervenants Lionel Zinsou, Demba Moussa Dembelé, Nicolas Agbohou et Jacques Nikonoff. Le 2ème traitait du rôle de l’écrivain dans nos sociétés, avec les écrivains Jean-Luc Raharimanana et Yahia Belaskri ainsi que Bernard Magnier, Directeur de la collection Actes Sud. Quant à la 3ème conférence elle portait sur le décrochage de l'Afrique francophone, avec notamment une intervention de l’avocat d’affaires sénégalais Barthélémy Faye.
Nos prochaines conférences devraient porter sur la gouvernance économique en Afrique, le financement de l’entreprenariat ou encore l’essor du secteur de l’énergie. Nous réfléchissons désormais aussi à l’organisation de conférences dans plusieurs capitales africaines. Etre présent en Afrique est important pour nous, nous voulons montrer que, où que l’on soit, on peut être un acteur du débat public africain et servir le continent.
Qui vous lit ? Que comprenez-vous de vos lecteurs ?
Nous nous adressons à la jeunesse africaine, aux étudiants et aux jeunes professionnels. Une moitié de notre lectorat se trouve en France mais nous n'avons pas vocation à nous adresser exclusivement aux diasporas. Je crois que nos lecteurs partagent notre engagement  pour l'Afroresponsabilité. L'Afroresponsabilité c’est d'abord considérer qu'il y a un effort d’analyse et de rigueur nécessaire pour comprendre les enjeux du développement, avant d’agir et de militer. C'est ensuite dire que l'Afrique nous appartient et que c'est à nous, Africains, de relever les défis qui se posent à elles.

Qu’est-ce qui intéresse le plus vos lecteurs ?
Les articles politiques attirent beaucoup de réactions, on l’a vu avec nos publications sur la situation au Nord du Mali. L’audience de ces publications montre d’ailleurs que les africains ne s'intéressent pas seulement à ce qui se passe dans leur propre pays.
Pour la rédaction, les questions économiques sont essentielles si on veut avancer des idées pour aider à améliorer les conditions de vie des populations africaines et au-delà de la croissance économique, faire en sorte que l’Afrique génère un développement soutenu et inclusif. D'ailleurs nos lecteurs réagissent moins mais nous disent beaucoup apprendre de nos articles économiques.

Vous vous adressez à la jeunesse africaine, sentez-vous un engagement fort de cette jeunesse ?
Oui, avec le sentiment que les défis qui se posent à l’Afrique doivent être relevées par sa jeunesse et non pas laissés aux partis politiques classiques, encore moins à une classe de dirigeants octogénaires. Avec près de 200 millions de personnes âgées entre 15 et 24 ans, l’Afrique compte aujourd’hui la population la plus jeune du monde. Selon les derniers des Perspectives Economiques en Afrique, le nombre de jeunes en Afrique aura doublé d’ici 2045. Or, la moyenne d’âge des dirigeants africains reste la plus élevée du monde. Peut-on encore incarner les aspirations de la jeunesse africaine lorsqu’on se nomme Mugabe, Biya, Dos Santos ou encore Bouteflika ? Au-delà donc des alternances démocratiques, il est nécessaire de tendre de plus en plus vers des alternances générationnelles comme vient d’ailleurs de le faire le Sénégal avec l’élection du Président Macky Sall.

Quel rôle peuvent jouer les diasporas dans cet engagement ?
On peut être un Africain engagé pour le développement du continent et la consolidation d’institutions démocratiques, où que l’on soit. On voit bien que les diasporas, outre leur apport financier considérable à travers les transferts d’argent, se mobilisent et jouent un rôle politique important, comme l'a fait celle du Sénégal lors des dernières élections présidentielles. Il existe en outre une sorte de bataille symbolique sur la représentation de l’Afrique qui se joue à chaque instant, partout dans le monde, et pour laquelle chaque africain, où qu’il soit, a un rôle  important à jouer.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire